Légendes traditionnelles

LES DEUX VOLEURS

Un jour, deux voleurs dérobèrent deux boeufs à un paysan. Celui-ci dit à son vacher : »Vite, vite, mon garçon, va attraper ces voleurs ». Le vacher partit, mais ne revint pas. Le paysan ordonna donc à sa servante : »A ton tour, ma fille, vas-y! »

La servante partit, mais ne revint pas. Alors le paysan se mit en colère et blasphéma. Aussitôt un vent violent l’emporta. Sur les routes de l’air, il rencontra la fille, le garçon, les voleurs et les boeufs.

Depuis, on peut les voir marcher les uns derrière les autres, pour l’éternité. Ce sont les 7 étoiles de la Grande Ourse.

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LA POUDRE DU SOLEIL

C’était un jour d’automne, un jour d’automne comme on en voit dans ce pays d’aussi loin que la mémoire des hommes se souvient. Les palombes filaient vers le sud, laissant dans leur sillage un bruissement de lumière. on entendait les sonnailles des brebis qui descendaient de la montagne. Les boeufs tirés de lourds traîneaux chargés de fougères que les hommes entassaient en grandes  meules rousses devant les fermes, avant de fendre le bois en prévision de l’hiver,

C’était un village paisible. Un village comme on en voit dans ce pays aussi loin que la vue des hommes peut porter. Des maisons blanches et des jardins bien entretenus. Une église flanquée d’un gros clocher, et un château avec tours et fossés. Des rues étroites avec des boutiques et une vaste place pour accueillir la foire (aux pottoks)…

C’était un homme qui venait de loin, il marchait lentement et porté un sac de cuir usé. Il s’arrêtait rarement et mangeait peu… Mais ce jour là, de cet automne là, dans ce village là, cet homme-là eut faim! Il entra dans le village juste avant la tombée du jour. Sous le regard curieux des gens qui bavardaient sur la place, il s’arrêta devant l’auberge et renifla des odeurs de gibiers. Comme il n’avait pas assez d’écus pour s’offrir un repas, il passa son chemin. Il descendit dans le quartier bas et parvint à l’église. Sous le regard en coin des femmes qui priaient au cimetière. Il se mit sous le porche et ferma les yeux un moment. Comme il n’était pas assez pauvre pour mendier, il poursuivit son chemin. Il remonta par la grande rue qui menait au château. Sous le regard moqueur des gardes en habits d’apparat. Il resta un moment à déchiffrer le linteau au-dessus de la porte. Comme il n’était pas assez bien vêtu pour s’inviter chez le baron, il reprit la route.

Le voyageur marchait, la faim toujour en lui. Quand il passa devant la dernière maison du village, il ralenti le pas, sans trop savoir pourquoi. Elle n’avait rien de plus que les autres, murs blanchis à la chaux, toit de tuiles brunes, meules de fougères, tas de bois,  brebis bêlantes dans l’étable… Un homme et une femme étaient assis sur le seuil. Ils lui adressèrent un salut.

– « Agur, étranger. Vous semblez bien fatigué. »

-« Oui Dame et Sieur de cette maison, et j’ai grand faim aussi! »

-« Entrez, je vous prie. Bientôt il fera nuit. »

– « Avec joie et d’avance merci. »

Le maître et la maîtresse de maison s’écartèrent pour faire entrer le marcheur sous leur toit. Ils lui proposèrent le fenil pour y passer la nuit : dormir dans le foin, est-il un meilleur lit quand on vit sur la route. L’étranger remercia ses hôtes d’un lumineux sourire, puis il  posa son sac. Mais quand il demanda si il pouvait manger une assiette de soupe, la femma baissa les yeux et désigna, confuse, la cheminée sans flamme.

– « Mille pardon étranger, ce tantôt les braises du foyer se sont éteintes et notre soupe est froide au fond du noir chaudron. »

Le mari rajouta en parlant à voix basse

– « C’est un grand malheur pour une maison quand meurt le feu. »

– « Qu’importe -dit l’homme- j’ai dans mon sac de quoi réchauffer la terre entière! Apportez donc la soupe et manger avec moi, s’il vous plaît. »

La femme disposa trois assiettes à calotte que son mari garnit de trois tranches de pain grosses comme le doigt.

Le maître de maison s’assit au bout de la grosse table de chêne. A sa droite, sa femme, à sa gauche, l’invité. Alors sans un mot et avec des gestes cérémonieux, le voyageur sorti de son sac un petit pot de terre bien protégé dans un linge épais. Lentement, de la pointe de son couteau à manche de corne, il en tira une poudre qu’il fit tomber parcimonieusement dans chaque assiette. A la lueur de chandelle de cire, on aurait des éclats de rubis.

Alors, magie, miracle ou diablerie, nul ne sait, de tiède, la soupe devint torride. Les joues de l’homme s’empourprèrent, les yeux de la femme s’embuèrent. Et le voyageur… sourit. Car la soupe était bonne, fort bonne même, puisque chacun en reprit encore, et encore, tant et tant, qu’à la fin le chaudron y passa. Après le repas les hommes s’essuyèrent les lèvres d’un revers de main, tandis que la femme posait les assiettes sur l’évier de pierre. Puis, se souhaitant la bonne nuit, chacun partit dormir.

Le voyageur, à son habitude, fit des rêves de pays inondés de soleil. C’est là le privilège de ceux qui marchent l’esprit aussi léger que le sac. Quant à l’homme et le femme, ils mirent du temps à trouver sommeil, plusieurs fois dans la nuit… Mais, taisons là ces rumeurs ; en vérité, les vertus de cette poudre ne sont pas encore certifiées par la Faculté!

Le lendemain, au chant du coq, tout le monde était levé. Le voyageur avait déjà son sac sur l’épaule. Il tendit à ses hôtes un sachet de papier :

– « Sieur et Dame de cette maison, ce n’est pas tant votre repas qui m’a réconforté, mais votre généreuse hospitalité. Afin que votre soupe soit toujours aussi chaude que votre coeur voici les graines de la plante qui vous a si bien revigorés hier soir. Prenez en grand soin, on dit qu’elles viennent des Indes d’Occident. Je les tiens d’un marin qui fit partie, jadis, du bateau de Colomb. Semez-les quand le temps sera redevenu clément ; laissez le ciel arroser à sa convenance et le soleil mûrir les fruits que vous ferez sécher à l’automne prochain. Adieu amis! Et encore merci. »

Le voyageur parti en direction du sud. A sa façon d’aller sans bâton et sans cape, il n’était pas de ceux qui vont prier Monsieur Saint Jacques à sa fameuse église au bout du continent. Il n’était pas non plus un marchand, qui veille constamment à sa bourse d’argent, pas même un colporteur qui enivre son monde à coup de boniments. A sa voix claire, on aurait pu penser qu’il était musicien, écrivain ou poète, mais quelque chose, dans ses yeux, disait qu’il parcourait la terre simplement par plaisir.

Un an plus tard, jour pour jour, le voyageur était de retour. En entrant au village, il reconnut la maison accueillante. Comme s’ils l’attendaient, l’homme et la femme étaient assis sur le seuil. le marcheur s’arrêta, les salua d’un geste et leva les yeux. Sur la blanche façade, des guirlandes de piments cramoisis tombaient en cascade du balcon et grimpaient jusqu’au faîte.

Ce soir là, il mangea avec eux une soupe chaude juste à point, et qui par dessus tout, sentait bon le soleil. Les trois convives remplirent plusieurs fois leurs assiettes et restèrent à table bien après minuit pour parler longtemps de contrées merveilleuses, de peuples insoumis qui se parent de plumes, de guerriers tatoués, de chamans envoûtés, de garçons effrontés qui chevauchent les vagues, de filles dont la beauté ne doit rien aux habits, d’animaux étonnants, de monstres et de sirènes…

Puis, dans le foin du fenil, le marcheur s’endormit, le ventre rassasié et le coeur en paix.

Quand il reprit la route le lendemain matin, il passa devant l’auberge qui affichait complet. Il vit que le château portait en étendard des couleurs écarlates, et il rougit d’aise devant l’église quand un prélat, tout de pourpre vêtu, lui dit que depuis un an à peine, la vie de ce village avait pris un autre goût.

Si vous pensez que cette histoire n’est que menterie, prenez la route à votre tour. Arrêtez-vous dans ce petit pays où l’océan embrasse la montagne. C’est le pays des Basque et le village a pour nom Espelette. C’est là que le voyageur a laissé le sachet de graines, et c’est là que l’homme et la femme, dans leur grande bonté ont sitôt porté ce trésor dans les maisons voisines, partageant entre toutes les secrets du piment. Depuis, mais c’est toujours ainsi dans les histoires vraies les mémoires ont oublié les traits du voyageur. Mais le temps n’a pas effacé le message qu’il portait dans son coeur.

Voilà pourquoi à Espelette, chaque année à l’automne, il est de tradition que toutes les maisons suspendent en guirlandes des grappes de piment aux couleurs flamboyantes. Bien mieux que des drapeaux, bien mieux que des lampions, les cordes de piments annoncent à tout le monde que le bonheur est à la mesure des saveurs que nous mettons dans notre vie quotidienne.

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LE DRAGON D’URDIAN.

Dans les environs d’Urdian, le Dragon sortait de son antre et mangeait chaque jour une jeune fille, chaque fois, c’était la meilleure fille du village. Une fois une  veille femme, un peu sorcière sans doute, s’approcha de la fille désignée et lui dit :

– « prends un petit oeuf et, par cinq fois, frappe avec la tête du dragon »

La vieille sorcière remit le petit oeuf à la fille.

Quelques temps plus tard, la jeune fille était assise devant l’antre du Dragon et s’occuper à se coiffer, lorsqu’apparut un jeune homme qui lui dit :

– « Que fais tu ici? »

– Et toi? Rétorqua la jeune fille ».

Le garçon reprit :

– « Je suis venu lutter contre le Dragon. »

Il ‘avait pas fini de parler que le Dragon sortit de son antre. Le combat commença. Au bout d’un long moment, le garçon soupira :

– « Ah, si seulement je recevais le baiser d’une fille et trois chopines de bon vin, je parviendrais à bout de ce monstre! »

Pendant qu’il se lamentait, la jeune fille frappa par cinq fois la tête du monstre avec le petit oeuf et le Dragon finit par tomber raide mort.

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