Les Tafonis Basques.

Comme promis précédemment, voici des photos de nos tafonis Basques. Ces cailloux ou parties de falaises aux formes et aux détails précieux. Ces rochers aux couleurs aléatoires donnant l’impression d’une oeuvre d’art… Leur nom vient du corse « tafone » qui veut dire « trou ». C’est en français un mot invariable qui signifie  « cavité arrondie ».

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Ces formations apparurent au pléistocène, cette période qui commence il y a 1,81 million d’années et se termine  il y a environ 11 550 ans. Et l’on ne peut s’empêcher de penser aux paramoudras qui eux ont 45 millions d’années…

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L’intérieur de la roche s’érode de façon rapide alors qu’au contraire l’ouverture des tafonis se développe de manière aléatoire.

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Alors que l’intérieur se creuse, on observe que l’extérieur s’érode de façon plus lente.

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Durant l’hiver, et même si nous ne sommes pas une région propice aux températures négatives, l’érosion est d’autant plus accélérée que lorsqu’il gèle l’eau infiltrée agrandie les micro-fissures, provoquant la rupture de la roche.

Le vent chargé de sable et de sel accélère ces phénomènes de formation de manière importante, ce qui explique le fait que les tafonis se trouvent plus communément en bord de mer.

Les veines férigineuses et concrétions parsemées dans la roche ralentissent fortement et bloquent même parfois leur progression.

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Les tafonis progressent plus rapidement dans les zones moins longtemps exposées au soleil durant la journée. Elles naissent au flanc d’une paroi rocheuse à la suite de la désagrégation granulaire de la roche, dans ses parties protégées du soleil. L’humidité et l’eau restent plus longtemps à l’intérieur des cavités et pénètrent donc plus profondément dans la roche.

Ce dessin synthétise bien les formations de tafonis :

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Plus la cavité est importante et s’ombrage elle-même et plus le tafoni aura des facilités à se développer vers le haut. Les petites cavités s’appelent alvéoles et les grandes quant à elles, ont toutes les apparences de grottes.

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Tafoni dans sa phase de création.
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Dans ce cas, on peut traverser le tafoni puisqu’il est érodé des 2 côtés!

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On peut donc affirmer que les tafonis sont intimement liés aux types de roches et à sa structure , sans quoi rien ne serait possible.

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Encore une fois ce spectacle se mérite puisque leur accès nécessite quelques heures de marche, et on ne peut généralement les repérer qu’au dernier moment…. On reste émerveillé par la beauté et la fragilité de ces « oeuvres » en perpétuelle évolution.

 

 

JAIZKIBEL, des merveilles uniques au monde.

En 2007  Michel Molia découvre en se baladant au pied du Jaizkibel d’étranges boules, de par leurs apparences et leur nombre. Intrigué par ces formes qui pour lui ne peuvent pas être dûes au hasard, il décide d’adresser des photos de ses découvertes à Paris, à Bordeaux, mais sans réponse des plus grands spécialistes Français. Il décide alors au bout de quelques mois de rentrer en contact avec une association locale de San Sebastian dont il a entendu parlé, Aranzadi. (d’ailleurs aussi un excellent site internet http://www.aranzadi-zientziak.org, en espagnol et euskara)

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C’est à partir de ce moment là que Michel Molia trouva un interlocuteur intéractif, Carlos Galán. Ils décidèrent de se rendre sur les lieux prélever des échantillons, mesurer, photographier, dessiner, bref, avoir ce privilège d’être les premiers au monde à les étudier. Les premières résultats révèlent le nom tant attendu de ces milliers  de boules, les paramoudras ou « poire de mer » en Gaélique. Car en effet on a retrouvé des paramoudras précédemment principalement dans les pays Celtiques, mais seulement par deux ou trois et donc plus en forme de poire, comme on peut aussi en trouver chez nous. Par contre pas de sphères aussi parfaites qu’au Jaizkibel.

Je vais vous présenter ce phénomène en essayant également tout comme pour la mythologie, de « vulgariser » l’accès à l’information, sans avoir besoin d’être  géologues, ni physiciens pour comprendre ce qu’il s’est passé…

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Je décide de profiter des plus gros coefficients (116) de l’année pour me rendre sur place à mon tour, en profitant par la même occasion du ciel bleu, des 30 degrés et de l’eau translucide.

Toutes les tailles sont présentes devant mes yeux, de 6cm à plusieurs dizaines de centimètres de diamètre.

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Et c’est vrai que l’on est drôlement surpris d’apercevoir de chaque côté où l’on pose son regard, des boules disposées aléatoirement, et selon les endroits, artistiquement. Toujours personne pour profiter du spectacle pourtant j’étais persuadé de rencontrer du monde!

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Les paramoudras sont des concrétions qui se sont faites autour des terriers de vers  fouisseurs (vers marins) vivant sous quelques décimètres de sédiments et donc en colonies.  Les Bathichnus Paramoudrae étaient des polychètes errantes (vers comprenant plus de 10000 espèces), peut être munies de mâchoires et certainement détritivores ou macrophages plûtot que filtrantes et suspensives; ils faisaient circuler l’eau à l’intérieur de leurs terriers afin de récupérer les éléments nutritifs.  Le plus gros diamètre des cordons trouvés fait 20mm d’où une estimation de leur taille à maximum 50 – 70 cm de long. Il parait sérieux de penser qu’il existait plusieurs espèces différentes se succédant dans le temps et pouvant cohabiter selon les lieux. Ils sont présents durant la période de l’Eocène, plus particulièrement dans les bancs gréseux du flysch (45 millions d’années).

Les illustrations suivantes sont en espagnol mais sont les plus explicites, j’ai donc préféré m’en servir.

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Dépôt des sédiments au fond de l’océan, c’est la naissance du flysh.

L’argile, la boue et le limon provenant de la côte retombent par gravité vers le fond de l’océan, ainsi que les micro squelettes de plantons et l’argile provenant de l’altération des roches volcaniques immergées. Le vent quand à lui emporte le sable et la terre et les poussières provenant des montagnes des plages et des plaines. Tout ceci, couche après  couche, siècle après siècle, turbidité après turbidité (cf plus bas), les hauteurs de sédiments s’accumulent et le flysch voit naissance. C’est dans ces couches de sédiments que vivaient ces vers.

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Au moment où la plaque Européenne et la plaque Ibérique se heurtent, les Pyrénées se forment. En passant sur la plaque continentale, la plaque océanique (donc le flyh), remonte et se craquèle, donnant l’aspect actuel de nos côtes de Biarritz jusqu’ à Bilbao, et permettant de pouvoir contempler ces intrigantes boules qui sans cela n’auraient jamais vu le jour…

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Apparition du flysh

 

Les boules et cylindres ont une granulométrie plus fine que les sédiments encaissants (qui les enveloppent), ils voient donc le jour grâce au lent travail de l’érosion. Le flysch est composé  avec une sédimentation lente (de l’ordre de 1 m par 1.000 ans) essentiellement d’une succession de turbidités. Je me serai bien passer de placer ce mot cependant c’est un mot clé car les courants de turbidités sont ces effondrements côtiers qui diffusent des dépôts de sédiments sur des milliers de kilomètres carrés. Il y a quelques années au Canada un courant de turbidités a sectionné de nombreux câbles présents au fonds des océans, exemple vivant de l’importance et de la puissance de ces phénomènes.

Les terriers de ces vers se sont changés en roche dure, c’est la diagénèse, l’ensemble d’un lent  processus de transformation. Dans un premier temps il n’y a que le paramoudras qui durcit puis en atteignant une limite appelée « redox », l’encaissant à son tour se transforme en roche. Les boules possèdent quasiment toute un canal visible en surface et plus rarement on constate la présence d’une « pointe » (longtemps appelée à tort « spicule ») qui sont comme nous allons le voir des artefacts, effets parasites, secondaires à l’érosion.

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Le cordon qui traverse le paramoudras est le moule du terrier du ver, il devait être vide et s’est rempli dans un second temps de sable et ensuite a été pétrifié avec l’ensemble.

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La gaine est la partie la plus sensible à l’érosion et dés son apparition en surface l’orifice en entonnoir et la pointe se forment.

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Photo Michel Molia

 

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Le contour du paramoudras est composé d’une fine couche sablonneuse, bien plus friable que celle de la boule et de l’encaissant.

Ce dessin de G. Breton explique de façon simple la naissance de ces différentes parties :

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Les cylindres horizontaux sont  le plus souvent faits de successions de parties globuleuses et peuvent être supérieures à 40 m2!Les cylindres-boules quant à eux  sont une succession de sphères parcourues par un seul terrier.

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J’ai également pu découvrir des paramoudras engloutis sous l’océan. J’avais entendu dire que depuis peu des plongeurs retrouvaient les mêmes paysages sous l’eau mais cependant plus en direction du cap du Figuier (Hondarribia). J’ai également pu vérifier et filmer à 10m/15m des coins où s’accumulent des boules de toutes tailles mais avec une prédominance pour celles de grand format.

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Michel Molia a observé également comme des empruntes de paramoudras apparaissant en surface des falaises. Pour lui à coup sur cela s’est produit au moment où les paramoudras étaient encore mous et malléables. Cette théorie nécessite du temps pour progresser et reste à ce jour un mystère…

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On observe trois empruntes de paramoudras sur la droite, dernier sujet de réflexion de Michel Molia.

 

 

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Cette d’emprunte en « escargot » que j’ai découverte et que je souhaite montrer à Michel Molia pour connaître son avis puisque jamais vu dans ses rapports…

 

 

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On observe également sur la photo juste au dessus, des trous. Ces trous se retrouvent de façon récurrente que ce soit sur des blocs isolés, ou bien sur de grandes falaises mais on tendance de façon générale à être répartis à mi-pente du jaizkibel. Ce phénomène est un autre point qui divise les deux amis Michel Molia et Carlos Galàn. En effet pour le premier ce ne peut être que le logement qu’occupés précédemment des paramoudras et selon le deuxième, cela s’expliquerait par un phénomène interkarstique, proche des tafonis.

 Une chose est sûre, les paramoudras n’ont pas fini de dévoiler tout leurs secrets… On peut encore nous même trouver de nouveaux sites dans les alentours, de nouvelles formes, de nouvelles énigmes!

Les paramoudras un site unique au monde à moins d’une heure de chez nous!

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Site des paramoudras

 

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Ces paramoudras ont un aspect plus érodés, en effet ce sont les plus proches de la mer, visibles seulement lors des plus gros coefficients de l’année.

 

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Certaines personnes appellent également les paramoudras, les Érotics Rocks…